
Chez Kering, ce sont désormais les bijoux et les lunettes qui tiennent la maison debout. Le groupe de Gucci, Saint Laurent et Bottega Veneta a publié le 22 octobre son chiffre d’affaires du troisième trimestre 2026, et le contraste est saisissant : pendant que Gucci recule encore, la joaillerie et l’optique progressent nettement. Un signal à suivre de près pour qui s’intéresse à la façon dont on s’habille, et surtout dont on s’accessoirise, dans le luxe.
Un trimestre stable, mais Gucci toujours à la peine
Selon le communiqué de Kering, le groupe a réalisé 3 345 millions d’euros de ventes entre juillet et septembre, un niveau stable en données publiées et en recul de 1 % à périmètre comparable. Sur neuf mois, le total atteint 10 565 millions d’euros.
Gucci, qui reste de loin la première marque du groupe, a vu ses ventes descendre à 1 291 millions d’euros, soit une baisse de 6 % en comparable. Le recul est plus marqué dans les boutiques que la maison exploite elle-même : moins 9 %. Kering met en avant un environnement économique moins porteur et une fréquentation en baisse en Asie, notamment en Chine continentale et au Japon. L’Amérique du Nord reste, selon le groupe, le marché le plus solide pour Gucci.
Luca de Meo, directeur général de Kering, le répète dans le communiqué : « Le redressement de Gucci demeure notre priorité absolue. »
Bijoux et lunettes, les vraies réussites du trimestre
Le chiffre qui intéressera le plus les amateurs d’accessoires est ailleurs. Kering Jewelry, la branche joaillerie qui regroupe notamment Boucheron, Pomellato et Qeelin, a réalisé 239 millions d’euros de ventes, en hausse de 11 % en comparable. Dans ses propres boutiques, la progression atteint même 18 %.
Kering Eyewear, la division qui conçoit et distribue les lunettes de soleil et de vue des marques du groupe et de maisons partenaires, progresse de 4 % en comparable, à 373 millions d’euros. À elles deux, ces activités pèsent désormais plus de 600 millions d’euros par trimestre, presque la moitié des ventes de Gucci.
Pourquoi l’accessoire résiste mieux
Ce n’est pas un hasard. Un bijou ou une paire de lunettes de créateur reste un achat de luxe plus accessible qu’un manteau ou un sac de la même maison, et il se porte toute l’année, quelle que soit la tendance du moment. Quand les clients deviennent plus prudents, ils continuent souvent de s’offrir une pièce forte, mais plus petite. Les maisons l’ont bien compris : on voit fleurir dans les vitrines des boucles d’oreilles sculpturales, des bagues empilables et des solaires aux montures épaisses, qui signent une silhouette à elles seules.
Côté mode, le communiqué note aussi que, hors Gucci, les ventes des boutiques en propre du pôle mode et maroquinerie progressent de 2 %, portées par Saint Laurent, Bottega Veneta et Brioni. Le groupe ne publie pas le détail chiffré de ces maisons.
Moins de boutiques Gucci et Kering dans le monde
Autre annonce qui dit beaucoup de l’époque : Kering ferme des magasins. Sur les neuf premiers mois de l’année, le groupe a fermé 128 points de vente et en a ouvert 23, soit 105 fermetures nettes. Il prévoit désormais au moins 125 fermetures nettes sur l’ensemble de 2026, selon le communiqué. Lors de la conférence avec les analystes, la directrice financière Armelle Poulou a assuré que le groupe poursuivait « l’exécution de [son] plan avec la plus grande discipline », rapporte ABC Bourse, sans donner de prévision sur un retour à la croissance des ventes d’ici la fin de l’année.
Le communiqué ne précise pas quelles enseignes ni quelles villes sont concernées. Il s’agit avant tout de resserrer le réseau sur les adresses les plus rentables, alors que la vente en gros (grands magasins, multimarques) progresse chez Gucci.
Ce que ça change pour vos achats
Pour la cliente ou le client qui aime la mode de créateur, ces chiffres traduisent une tendance déjà visible en boutique : le luxe se recentre sur l’accessoire, mise sur des pièces signature et cherche à rendre ses collections plus désirables plutôt qu’à multiplier les points de vente. Kering dit d’ailleurs maintenir un fort niveau d’investissement dans la désirabilité de ses maisons.
Concrètement, cela peut vouloir dire moins de boutiques monomarques dans certaines villes, davantage de présence dans les grands magasins et une offre bijoux et lunettes plus fournie. Pour s’offrir une touche de luxe sans casser sa tirelire, la paire de solaires ou le petit bijou restent les portes d’entrée les plus simples dans l’univers d’une maison.
Et pour celles et ceux qui préfèrent la seconde main ou le vintage, la période est aussi à observer : quand une marque traverse une phase de redressement et de changement de style, ses pièces des saisons précédentes deviennent souvent plus faciles à dénicher, et parfois à meilleur prix, sur le marché de l’occasion.
Reste le chantier chinois, décisif pour Gucci comme pour tout le luxe : interrogée par les journalistes, Armelle Poulou a reconnu qu’« il y a encore beaucoup de travail à faire en Chine », selon la dépêche AFP reprise par Boursorama.
