
C’est l’une des collaborations les plus commentées de la saison. Zara a levé le voile sur Re{form}, la collection imaginée par John Galliano, l’ancien directeur artistique de Dior et de Maison Margiela. Son nom complet tient presque de la formule juridique : « Re{form} Zara Authored by the Couturier John Galliano ». Et le principe tranche avec les capsules habituelles de la fast fashion : ici, le couturier ne part pas d’une page blanche, il démonte et remonte des basiques Zara.
Dans un long entretien accordé à Vogue France, publié le 27 octobre, le créateur raconte la genèse du projet, sa méthode et ce qu’il appelle son « troisième acte ».
Des basiques Zara mis en pièces puis réinventés
Le point de départ de Re{form}, ce sont des vêtements que tout le monde a déjà dans son placard : un manteau en laine, une nuisette, une chemise en coton. John Galliano parle de pièces « qui traînaient ici et là » et qui sont devenues ses prototypes de travail. Avec son équipe, installée dans une villa de Boulogne-Billancourt, il les a découpées pour en tirer des silhouettes nouvelles.
Les exemples décrits par Vogue donnent le ton. Un manteau en laine mélangée est raccourci devant, ses poches repoussées vers l’arrière, ses pans étirés le long des jambes. Une combinaison bordée de dentelle remonte le long du corps jusqu’à ne plus former qu’un jabot extravagant au cou. Une chemise agrandie à l’extrême devient une veste grâce à un imprimé trompe-l’œil imitant le cuir.
Le créateur résume sa démarche d’une formule : « C’est ce que font les hackers et les DJ : sampler et remixer. C’est la grammaire contemporaine. »
Les Incroyables et les Merveilleuses en toile de fond
Au fil des découpes, des personnages sont apparus : hommes en fracs raccourcis aux cols relevés, femmes en robes drapées moulantes. Ces silhouettes évoquent les « Incroyables » et les « Merveilleuses », ces dandys excentriques de la période révolutionnaire. Un clin d’œil appuyé : c’était déjà le thème de sa collection de fin d’études à Central Saint Martins, en 1984.
On y retrouve aussi ses signatures : robes coupées en biais dans des tons de pierres précieuses, couches de tulle transparent, bonnets à rubans, cravates et bicornes inspirés du Napoléon d’Abel Gance.
Une rencontre née en 2022 avec Marta Ortega Pérez
L’histoire commence à La Corogne, à l’automne 2022, lors d’une exposition consacrée au photographe Steven Meisel à la Fondation MOP. John Galliano y rencontre Marta Ortega Pérez, présidente d’Inditex, la maison mère de Zara. Elle lui propose une collaboration. Sa première réponse ? « Non. » Il est alors encore en poste chez Maison Margiela.
Après son départ de Margiela en 2024, les deux restent en contact. C’est lors d’un déjeuner qu’il lui présente le concept, qui porte déjà le nom de Re{form}. Le travail démarre dans le plus grand secret en janvier.
Le nom à rallonge de la collection s’explique en partie par le droit des marques : comme le rappelle Vogue, la marque « John Galliano » en tant que telle appartient toujours à LVMH.
Un contrat de deux ans et quatre collections
Re{form} n’est pas un coup unique. D’après Vogue, le contrat signé avec Zara s’étend sur deux ans, durant lesquels John Galliano doit créer quatre collections. Le créateur se dit impressionné par les moyens industriels d’Inditex en matière de tissus et de fabrication, qu’il qualifie d’« époustouflants ».
Le groupe espagnol étoffe d’ailleurs l’équipe. Selon FashionNetwork, Serge Ruffieux, ancien directeur artistique de Christian Dior et de Carven, a rejoint Inditex comme Design Director sous la direction créative de John Galliano. Le site rappelle aussi que le groupe avait ouvert un hôtel particulier dans le Marais pendant la dernière Fashion Week de Paris pour dévoiler les premières créations.
De la haute couture à la portée de tous
C’est tout l’enjeu de l’opération. Les pièces historiques du couturier restent hors de portée : Vogue rappelle qu’en janvier, une de ses créations haute couture pour Christian Dior a été adjugée 663 000 €. La collection Zara, elle, propose des pièces à partir de 30 €, selon le magazine.
« Cette collaboration a une portée bien plus vaste que tout ce que j’ai fait auparavant », confie le créateur. Pour beaucoup, ce sera la première occasion de porter une pièce signée Galliano au quotidien.
Une collaboration qui ne fait pas l’unanimité
Le projet a aussi suscité de vives réactions. Vogue rappelle que l’annonce de la collaboration, en mars, a provoqué colère et incrédulité chez une partie du public. En août, la rétrospective que devait lui consacrer le Metropolitan Museum of Art de New York a été annulée.
Le créateur a alors publié un communiqué dans lequel il dit assumer « la responsabilité de la souffrance causée par [ses] propos passés ». Il faisait référence aux insultes racistes et antisémites proférées en 2010 et 2011, qui avaient entraîné son renvoi de chez Dior. Selon Vogue, il est aujourd’hui sobre depuis quinze ans.
Comment porter l’esprit Re{form} sans tout acheter
Au-delà de la collection, l’idée de Re{form} parle à toutes celles et ceux qui aiment personnaliser leur garde-robe. Le principe est simple : partir d’un vêtement existant et jouer sur ses proportions. Une chemise d’homme oversize portée en veste, ceinturée à la taille, change immédiatement d’allure. Un manteau classique gagne en caractère avec un col relevé ou des manches retroussées.
Pour retrouver le côté « Merveilleuse », misez sur une touche romantique : un jabot, un nœud lavallière, un col en dentelle sur une maille sobre. Côté couleurs, les tons de pierres précieuses (émeraude, rubis, saphir) cités par Vogue sont une valeur sûre pour l’hiver, surtout sur une robe fluide coupée en biais.
Et si vous aimez la couture, Re{form} est aussi une invitation à ressortir de vos placards ces basiques oubliés pour leur offrir une seconde vie, à la manière du couturier.
